[Dossier] 45 Révolutions par minutes, Entretien avec Kiox de Nuclear Device

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Issu de la banlieue du Mans, le groupe Nuclear Device (1982-1989) a participé à la naissance et l’essor de ce que les médias appelleront le « rock alternatif ». Aux côtés des Bérurier noir et Ludwig von 88, il parcourt une France en ébullition, enchaînant les concerts survoltés de squats en MJC. Pionnier français d’une fusion rock, latino et reggae, Nuclear Device laisse derrière lui plusieurs albums et de singuliers parcours de vie.

A l’occasion de la sortie du livre et coffret “45 Révolution par minutes“, rencontre avec l’ex-chanteur et co-auteur, Patrick “Kiox” Carde.

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45 Révolutions par minute, c’est l’histoire de Nuclear Device dans un livre de 175 pages mais  aussi une compilation de 20 chansons. Pourquoi maintenant, 30 ans après ?

Patrick “Kiox” : Le projet a débuté il y a 5 ans avec la proposition de Marsu (ex de Bondage Records, ex manager des Bérus et fondateur de Crash Disques) de rééditer un CD du groupe. Assez rapidement, ce projet de CD s’est transformé en gros livre bien épais, avec bien sûr, une petite galette sous forme de CD, 20 titres qui l’accompagne. Nous avions beaucoup d’archives de toutes sortes (photos, fanzines, articles…) et nous voulions publier tout cela et en profiter pour raconter notre histoire d’une façon originale. Au delà de notre histoire, nous racontons une aventure humaine avec des (très jeunes) personnes qui décident de prendre en main leur projet artistique. “La fête et la révolution” c’était un peu notre leitmotiv… on le comprend assez vite en nous lisant. Le livre compile 16h d’entrevues de diverses personnes, des membres du groupe mais aussi des personnes qui ont participé de près à cette aventure (nos amis, nos familles, des responsables associatifs, etc.). C’était une façon pour nous aussi de fermer la page du groupe avec un document sur lequel nous avons tous apporté notre participation.

C’était comment de jouer dans un groupe, il y a 30 ans ?

Kiox : Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui n’ont pas changé sur ce qui motive les gens à jouer dans un groupe, un projet artistique, un projet social ou un projet politique. Jouer dans Nuclear Device il y a 30 ans, c’était vraiment le côté collectif, on a fonctionné comme un groupe de gens qui allait dans la même direction. Avec des individualités, mais réunis par un projet fort qui était de faire de la musique ensemble, prôner la révolution et des changements radicaux. C’était l’image que l’on donnait de l’extérieur, de par nos textes, nos attitudes et de ce que l’on racontait. On était surtout une bande de copains de longue date, qui avait décidé de faire ce projet ensemble. Comme le raconte le affichendlivre, on aurait aussi pu faire un fanzine, du théâtre ou des films. On avait une envie farouche de faire quelque chose ensemble et vivre une aventure. La grande différence entre il y à 30 ans et maintenant, c’est plutôt l’environnement – pas l’environnement social malheureusement – parce qu’il est presque pire aujourd’hui – mais plutôt le côté médiatique. Faire de la musique il y a 30 ans, se débrouiller, se prendre en main, c’était le faire a l’époque de l’analogique. Il n’y avait pas internet, ni les téléphones portables donc techniquement c’était autre chose. C’était les fanzines, les photocopies, les affiches etc. C’est surtout cela qui a beaucoup changé. Pour les tournées, c’était pas forcément plus compliqué à organiser, on était dans l’idée d’appartenir à une famille, un mouvement. Aujourd’hui on communique plus facilement, mais on se perd aussi plus facilement. À l’époque, la petite association qui organisait les concerts dans son coin à Bourges, elle était connectée avec une autre asso’ dans le nord de la France. Le bouche-à-oreille et le réseau fonctionnait très bien, mais différemment et avec d’autres moyens. Aujourd’hui, il y a fondamentalement plus de groupes, donc c’est certainement plus difficile de tourner. Je ne suis plus dans un groupe, mais je pense qu’il y a moins de revendications sur l’appartenance à une famille, un courant artistique ou social.

Et si on parlait de ton meilleur souvenir, et du pire ?

Kiox : Il n’y a pas vraiment de pires souvenirs, surtout de bons souvenirs. Tu sais comment est la mémoire, elle est sélective. On oublie les mauvais et on garde les bons. Des trucs pas cool comme quand on s’est fait cambrioler notre local au Mans. C’est des trucs pas chouette: tu rentres dans ton local et il n’y a plus de matériel. On a eu aussi beaucoup d’histoires de concerts… nuclear-device-groupe-51On était un groupe assez engagé politiquement et donc confronté à la violence. Mais c’est surtout que des bons souvenirs, du collectif, de retrouver des gens à l’autre bout de la France ou à l’étranger et avec qui tu partages des choses fortes, des envies et des valeurs. On a eu l’occasion de connaitre beaucoup de monde et beaucoup d’endroits parce qu’on était très souvent sur la route. D’autant plus qu’à l’époque, on était très jeunes – au lycée – et c’est une expérience qui nous a vachement modelé pour la suite. Concernant les concerts, je garde un super souvenir d’un concert à Genève, dans le squat “L’usine”. Sans oublier la tournée en Espagne. Beaucoup de souvenirs fort qu’on a eu plaisir à raconter dans ce livre, avec la vision de chacun. D’une manière générale, c’est plus le bon souvenir d’avoir réussi à vivre cette expérience très intensive, sans compromis et avec le collectif qui composait Nuclear Device – et ceux qui gravitaient autour. Je me souviens aussi d’un souvenir à Rome, c’était mon dernier concert avec le groupe: un moment très fort, on est resté quatre jours sur place, tous ensemble.

Pour finir, un regard sur la musique actuellement ? Et peut-être aussi d’une manière plus générale, un regard sur l’actualité ?

citationnd2Kiox : Par rapport à ce qu’on a voulu défendre et les utopies qu’on portait, quand on regarde la situation à l’heure actuelle c’est assez déprimant. Quand on a commencé Nuclear Device, le front national était insignifiant, depuis on a vu grandir le phénomène et les idées ont fait leur chemin, elles sont bien installées. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai quitté le groupe. On n’avait pas forcément les bonnes armes et on avait tendance à évoluer dans un milieu de gens qui étaient déjà convaincus. C’était bien de participer à fédérer des gens tu vois, mais c’était pas encore suffisant pour avancer. Les choses qui nous préoccupaient à l’époque, elles sont toujours d’actualité – voire plus que jamais. Je m’occupe aujourd’hui d’une association qui s’occupe des pratiques artistiques, je regarde et j’écoute beaucoup ce qu’il se passe. Il y a pleins de choses vraiment intéressantes. Tant dans l’œuvre en elle-même que dans la démarche. C’est riche et très positif. Concernant la scène, elle a vachement évolué, elle était bien vivante à notre époque, mais il y avait certainement moins d’originalité. Le champ des possibles n’était pas aussi important qu’aujourd’hui. Il y a eu une évolution et un enrichissement au niveau des propositions artistiques. Mais trop souvent on voit des choses un peu dures. On constate un esprit de compétition, qui a toujours existé, mais qui s’est normalisé : les choses qui étaient cantonnées au monde du business et à l’industrie, ont déteint sur la culture.

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Rendez-vous le samedi 10 Octobre :

Daniel Paris-Clavel et Patrick Carde présenteront “45 révolutions par minutes” à la librairie L’Herbe entre les dalles, 7 rue de la Barillerie, Le Mans.

S’en suivra alors , au Barouf (8 rue Victor Bonhommet), une rencontre avec le groupe, les auteurs et l’éditeur autour d’un verre. (Plus d’infos…)

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